Le brossage des dents

Pour comprendre comment doit se faire un bon brossage, il faut comprendre comment « travaille » un poil de brosse à dents.

Pour être efficace, le poil de la brosse doit tourner sur son axe. Il nettoie ainsi une surface assez étendue, idéalement circulaire. Pour cela, un impératif : le déplacement de la brosse doit être très peu important et le poil doit être animé de tout petits mouvements plus ou moins circulaires.

Si la brosse est trop appuyée – ce qui est souvent le cas chez les personnes qui « appuient » fortement pour que les dents soient bien brossées – le poil n’est plus rectiligne et il ne peut plus tourner sur son axe : le brossage est inefficace ou peu efficace.

Si la brosse est rapidement propulsée d’avant en arrière – ce qui est le plus souvent le cas – le poil de la brosse décrit des aller-retour successifs à la façon d’un essuie glace et ne nettoie qu’une ligne droite de très faible surface. Il perd la plus grande partie de son efficacité.

Brossage defectueux
Poils de brosse perpendiculaires à la couronne
Sulcus pas du tout nettoyé
La plaque s’accumule dans le sulcus
Le brossage est defectueux et, malgré une hygiène dentaire, la gingivite s’installe

Un brossage efficace se fait avec une brosse peu appuyée animée par le poignet de petits mouvements plus ou moins circulaires et ne progressant que très lentement d’arrière en avant (ou d’avant en arrière). Il convient de brosser efficacement la face antérieure des dents (appelée face vestibulaire), la face arrière (face palatine en haut et face linguale en bas), mais aussi la face occlusale (celle qui entre en contact avec les dents opposées).

Cela ne suffit pas…
Les espaces entre les dents sont également à brosser avec minutie, surtout si cure-dents et jet dentaire ne sont pas utilisés. Ces espaces sont nettoyés avec une brosse conduite de haut en bas ou de bas en haut, suivant que l’on est sur les dents supérieures ou sur les dents inférieures.

Mais cela ne suffit toujours pas…
Si la brosse est perpendiculaire à la face antérieure des dents, ses poils ne pénètrent pas sous la gencive, dans le sulcus, et la plaque n’y est pas enlevée. Il est très fréquent que l’on ne se brosse pas à ce niveau, et c’est le point de départ habituel de la gingivite.

Non enlevée, la plaque s’accumule sous la gencive, elle est rapidement colonisée par des bactéries, et la face antérieure de la gencive, qui s’applique sur le sulcus, devient inflammatoire.
Plus la plaque stagne, plus les bactéries y sont nombreuses, et à ce stade inflammatoire va succéder le stade hémorragique.
La gencive saigne au brossage, en plusieurs endroits, l’hémorragie étant parfois très étendue.
Cette hémorragie existe parfois depuis très longtemps, plusieurs mois ou plusieurs années.
Il peut y avoir des périodes de rémission pendant lesquelles l’hémorragie s’arrête.
Lorsque qu’elle est très limitée, le responsable est le plus souvent une cause locale (couronne par exemple, ou destruction localisée de l’espace inter dentaire) et si tel est le cas la solution que nous proposons peut s’avérer inefficace.

Pourtant, brosser un sulcus est facile : il suffit de diriger les poils de la brosse vers le haut (pour les dents du haut) ou vers le bas (pour celles du bas) afin qu’ils pénètrent sous la gencive, dans le sulcus.
Les petits mouvements rotatifs et peu appuyées du poignet vont assurer un brossage sous gingival efficace, la plaque va s’éliminer petit à petit, la charge bactérienne va s’éliminer, la gingivite va rentrer dans l’ordre.
C’est le tableau de très loin le plus fréquent.

Ces conseils de brossage sont très bénéfiques mais ils doivent impérativement être accompagnés d’informations précises.
Que va-t-il se passer ?

Pour une personne présentant une gingivite inflammatoire banale (banale signifiant ici « particulièrement fréquente »), le brossage doit être très fréquent afin de venir rapidement à bout de cette gingivite qui, souvent, « traîne » depuis de nombreux mois (pourquoi pas six fois par jour pendant deux ou trois semaines ?)
Mais la brosse va être en contact avec une gencive inflammatoire, irritée, souvent hémorragique, et ce brossage d’une zone non ou mal brossée depuis longtemps va souvent entraîner une très nette augmentation de l’hémorragie pendant 3 à 5 jours. Cette hémorragie va ensuite décroître rapidement puisque la plaque est alors éliminée et, avec elle, les bactéries responsables de l’inflammation et de l’hémorragie.
En très peu de jours, elle va disparaître.
La gencive prend un aspect plus régulier, et sa coloration redevient vite normale. Il est indispensable de savoir et d’accepter que l’hémorragie s’aggrave pendant quelques jours.
Plus le brossage sera fréquent, plus vite la gingivite disparaîtra. Trois à cinq semaines après ces brossages minutieux et réguliers, un détartrage ultrasonique (chirurgien dentiste) permettra de parfaire l’activité de la brosse.
Effectuée sur une gencive devenue nettement plus saine, il sera plus facile à effectuer et plus confortable tant pour le chirurgien dentiste que pour le patient.

La quasi totalité des solutions habituellement proposées : bains de bouche multiples et variés, changements incessant de dentifrices, sont aussi inefficaces les unes que les autres tant que de logiques conseils de brossage ne sont pas donnés ou ne sont pas appliqués.
Ils sont pourtant simples à suivre : une petite brosse medium, un brossage systématique après chaque repas, de petits mouvements peu appuyés et circulaires du poignet et non un mouvement « d’essuie glace », une attention particulière à la région sous-gingivale (sulcus) dans laquelle on insinue les poils de la brosse.

Il est fréquent d’entendre : « je ne peux pas me brosser les dents après le repas de midi car je ne suis pas à la maison ».
A cet argument, deux réponses :
– c’est « le prix à payer » pour que la gingivite ne se réinstalle pas.
– on peut parfaitement se brosser avec une brosse humide sans dentifrice. Cela suffit pour désorganiser la plaque dentaire et, même si l’on éprouve moins de confort, un brossage à la brosse sèche est très nettement mieux que pas de brossage du tout.

Il convient cependant de préciser que si cette méthode est le plus souvent suffisante pour venir rapidement à bout d’une gingivite « banale », elle ne suffira pas pour une gingivite très sévère qui s’accompagne d’une destruction non négligeable du parodonte, os alvéolaire et ligament alvéolo-dentaire.Si un brossage bien conduit peut permettre une amélioration non négligeable, il sera néanmoins insuffisant si les dégâts sont trop importants et irréversibles.Le recours au chirurgien dentiste, et plus particulièrement au parodontologue (chirurgien dentiste spécialisé dans le traitement des maladies parodontales) sera alors indispensable pour faire le bilan précis de l’état de la cavité buccale et envisager éventuellement un traitement local qui fera appel, dans un bon nombre de cas, à un acte chirurgical (nettoyage minutieux des « poches parodontales » résultant du délabrement de l’os, de la gencive, repositionnement de la gencive, etc.). [3]